HENRI SAMBA chez PRIM'ACORPS 26 avril 2015

26 avril 2015

 

TROIS ANS APRES

Henri Samba chez PRIM'ACORPSFlute, Zut. Je sentais la muse par-dessus mon épaule, j'écrivais d'une traite malgré la semaine déjà passée. La vague du rythme tapait encore. J'attendais des retours de la tribu qui s'était déplacée, confiante, ce dimanche un peu frileux du 26 avril 2015, jusque dans cette salle au parquet rond. Et soudain, tout s'envole à jamais suite à une mauvaise manipulation. Je maudis ce blog, cette machine, ce mauvais sort qui s'acharne. Je peste et renonce.
J'attends les contributions de tous à ce compte-rendu mais il faut ouvrir la voie/voix pour Henri, pour Darry, son comparse d'un jour, notre comparse de toujours. Je m'y remets.

Trois ans après...
Henri Samba est déjà venu à la rencontre de notre tribu et s'en est allé après en avoir fait un village.
Il y a trois ans. Réinviter un ami et un maître n'est pas sans risque. Le veut-il vraiment ? Va-t-il réussir encore une fois le tour de force de la première édition ? La nostalgie de la journée parfaite peut s'insinuer sournoisement.
Cette fois, il arrive la veille et passe quelques heures avec nous, toujours aussi charmant et positif malgré la fatigue d'une grosse semaine de travail. Il évoque le stage du lendemain et m'implique davantage. Il était parti en disant qu'il souhaitait co-animer avec moi et il n'a pas oublié. Il a confiance !

 

Bref, c'est avec les pétoches (en ce qui me concerne !) que nous nous installons le lendemain dans cette salle déjà investie par les membres actifs de PRIM'A CORPS qui s'affairent. Quelle organisation ! On accueille, on sert du café, on lave le sol, on prend connaissance des lieux, on met la cuisine au parfum du couscous de Fatiha ... Les nouveaux venus sont attentifs et prennent leurs marques. J'aurai peu de temps à leur accorder ce dimanche, stressée par les nouvelles responsabilités, soucieuse du confort d'Henri avant tout. Tout roule grâce à une équipe de choc et des participants en or !
Sans blague, même Darry est à l'heure !! Je suis heureuse qu'il ait l'air heureux. Une journée avec Henri est une manne pour tous. Ces deux-là s'enseignent des choses mystérieuses et partagent une même frénésie. Ils tapent sur un tambour : ils se parlent à travers lui et nous parlent et se livrent des secrets de percussionnistes. A la fin de la journée, ne sachant plus qui est qui ni où je suis exactement je les appelle indifféremment DENRY !

Le matin démarre par un échauffement traditionnel sur place et en déplacement dans la salle. Darry accompagne, Henri observe. J'insiste en douceur sur la qualité des appuis (alors que mes muscles sont tétanisés et tremblent ! Quel modèle !), la conscience de son moule par les étirements et de la relation à la terre par la plante des pieds. Nous passons petit à petit à des exercices de saisie du rythme et donnons liberté à nos mouvements tout en structurant l'espace en dansant dans la salle. Je me souviens des enseignements d'Henri et je prépare le terrain du village par la présence du regard en se croisant puis le choix de danser en vis à vis. Nous finirons par des bondissements qui mettent en jeu la voix, une salutation simple et tonique et une invocation douce en ternaire.

Henri Samba chez PRIM'ACORPSHenri est fin prêt et enchaîne avec une présentation de ses objectifs. Il sait où nous en sommes et comment nous prendre. Il sent un groupe disponible et entraîné. Il saura se mettre à la portée de tous.
Ses exercices montrent comment passer de la foule anonyme, indifférente, au groupe qui est conscient de la présence de l'autre, le reconnaît, pour finir par l'individu, qui danse sa danse, existe par lui-même mais pas sans l'autre.
Nous travaillons les STOPS et les positions fantastiques avec des parties du corps qu'il accompagne avec le bodhran rapporté d'Irlande – ce bodhran produit un magnifique son profond et grave. Henri nous guide avec la percussion mais aussi avec la voix. Nous ne sommes jamais livrés à nous-mêmes dans des espaces insécurisants où seul le narcissisme s'exprime. La machine est en marche ! Henri élabore exercice par exercice, rythme par rythme, frappé par frappé, cri par cri, geste par geste sa progression pédagogique qui nous guide vers les 'espaces réparateurs'.
Dans le danser ensemble. Il est extrêmement exigeant avec la qualité de nos vocalisations ('Faut pas que ça bave !'), la netteté des STOPS. Et montre très concrètement avec ses doigts avant de le faire par le rythme et la gestuelle dansée comment matérialiser et structurer le temps. Ça aide ! Qu'est-ce que le temps ? Où commence-t-il ? Où finit-il ? Qu'est-ce qu'un temps fort ? Et si temps fort, qu'est-ce qu'un temps faible ? Quel espace entre chaque temps ? Que pouvons-nous mettre dans cet espace ? Où est le bord fort du temps fort ? Et encore plus chouette, il montre tout ça sur le djembé. Il montre en quoi la percussion nous enveloppe, nous aide et nous soutient. Il joue bas quand nous vocalisons, ou quand nos frappés doivent être féminins, il joue fort quand il faut stimuler le corps et sentir le temps FORT ! Il nous fait bien sentir ce besoin de matérialiser et ritualiser. Il nous fait bien comprendre qu'en prenant la pulsation avec les pieds, en adoptant une gestuelle, en y ajoutant un 'énoncé vocal', c'est à nous, oui, à nous, d'écouter le djembé, le message des origines percuté par la percussion qui dicte sa loi - et mieux encore de l'entendre, donc d'accepter cet appel impérieux et d'adapter notre comportement pour que le rythme et la danse soient libérateurs et non des carcans contraignants et épuisants. Tout s'articule ici autour du féminin et du masculin qui n'est ni une question de force ni de genre mais de sensibilité et de réponse au tambour.

Bravo, Henri ! Bravo, Darry ! Nos deux lascars percutent fort bien de concert et ont un sens de l'humour ravageur qui nous porte. Nous finissons la matinée enthousiasmés et affamés.
Ça tombe bien : un généreux, savoureux couscous maison nous attend. Semoule divine, bouillon à se damner, légumes à foison, au moins quatre viandes différentes. Encore une fois, les participants sont les champions de l'autogestion. Les petites mains sont à l'ouvrage. Les bouteilles se débouchent, les offrandes s'exposent. Délices de toute sorte et cakes pour l'apéritif, sans oublier les gâteaux, l'ananas, et les sucreries en abondances pour le dessert... Il faudra tout ranger et nettoyer pour reprendre nos activités dans la même salle. Seul inconvénient...

Les retrouvailles se font autour d'un chant avec gestuelle, comme une invocation mais plus dynamique que celle du matin. Une fois bien intégrée, nous complexifions la donne en essayant en canon et en déplacement. Le rendu est magnifique. Henri oriente l'entraînement de l'après-midi vers des rythmes de plus en plus complexes, ajoute le déplacement. Les exercices sont effectués en suivant les grandes diagonales de la salle par petits groupes de trois qui se suivent de près. Nous divisons la mesure en noires, en blanches, en croches. Henri va toujours plus loin. Il propose la même gestuelle en 'lent' puis en 'rapide'. Il décompose certaines mesures en 2, ou en 4, ou en 6 et demande des frappés inédits.
Henri aime les rythmes africains rapides. Croyez-moi, il sait faire ! Ses mains effectuent une danse frénétique sur la peau de son djembé - elles en deviennent invisibles. Deux petits colibris... Et pourtant que le son est puissant. Darry tape comme un diable. Mon cœur va-t-il tenir le choc ? En fait, oui. Les rythmes ternaires sont complexes et poussent, poussent les danseurs mais le cadre est nettement perceptible (« Ah, ici, je sens le temps fort - ah, ici, il aimerait bien un peu plus de rondeur et de féminité dans les mains, plus de masculinité dans les pieds - Oh, maintenant il attend que je montre mes bijoux... »). Henri exige que jamais nous ne nous jetions dans la musique sans en avoir au préalable goûté la saveur et accueillit son message particulier, cadeau du percussionniste.
Nous sommes dans une transe très contrôlée, très agréable parce que tout le monde est en mesure de suivre et de faire la même chose en même temps et surtout parce que maintenant ce sont de véritables chorégraphies que nous répétons en cercle, en diagonale et enfin par tribu de 10 en traversée. Ce groupe s'admire sans complexe et sans narcissisme, car il est devenu village et il danse très fort mais avec un grand bonheur. Pas de blessure narcissique égale espace réparateur. Henri atteint son objectif.
Nous continuons avec des exercices plus spécifiques à la Danse d'Expression Primitive, tels que le 'derviche' (une danse sans la voix mais qui contient une rotation et qui peut accélérer – ce fut le cas), le chœur final (4 groupes produisent 4 gestuelles et chants décalés d'un temps), une grande vibration finale... Oui, ça sent la fin. Le départ. La mouise, quoi.

Mais une surprise attend notre maître-tambour, d'abord une invocation inspirée par un de ses chants, puis les bondissements niortais. La cerise sur le gâteau, un truc de ouf qui n'est pratiqué qu'à Niort où il a été inventé ! Un hommage ému au djembé et à son maître, tout en rythme, en sauts, en conversation entre le village qui soutient, les 'bondisseurs' qui honorent le percussionniste et son djembé et le percussionniste. C'était fort.
Nous avons fini assis par des échanges. Je crois que tout le monde était très heureux... et fatigué.
Henri dès le lendemain envoyait un message d'amitié et d'amour à PRIM'ACORPS. Trois ans après. Toujours formidable. Un gentleman...
Il a bien fait de revenir. Nous ne ressentons pas de nostalgie, mais le désir de faire encore plus de rythme car nous sommes nourris et apaisés.

MERCI, Henri, MERCI, Darry, fidèle parmi les fidèles, qui sait probablement mieux que nous-mêmes pourquoi nous aimons la Danse d'Expression Primitive.

MERCI à tout le village qui nous a fait confiance.

Henri Samba chez PRIM'ACORPS

 

Après trois ans


Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu'éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d'une humide étincelle.

Rien n'a changé. J'ai tout revu : l'humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin...
Le jet d'eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.

Les roses comme avant palpitent ; comme avant,
Les grands lys orgueilleux se balancent au vent,
Chaque alouette qui va et vient m'est connue.

Même j'ai retrouvé debout la Velléda,
Dont le plâtre s'écaille au bout de l'avenue,
- Grêle, parmi l'odeur fade du réséda.

Paul VERLAINE

Témoignages de participants :


Voici mon témoignage...


1. « Mettez une intention dans chacun de vos gestes" voilà ce que j'entends à chaque cours. Je trouvais cela un peu farfelu mais étant une élève appliquée, j'essayais sans comprendre de mettre en application cette consigne de temps en temps.
"Je travaille la terre, je regarde l'horizon, je remercie le ciel et je tape des mains" en chantonnant dans une langue imaginaire. Tout ceci sans conviction et sans y trouver quelque chose de différent. Mais j'y puisais quand même une belle énergie positive grâce à la tribu. Lors du stage, Henri dit à toute la tribu "mettez une intention dans chacun de vos gestes, c'est important." Là je me dis qu'il y a quelque chose que je n'ai pas encore découvert. Mais quand Henri nous montre la différence entre taper des mains avec une intention masculine et ensuite féminine, là je sens que ce n'est pas la même chose dans mon corps.

J'ai découvert que mettre une intention dans un geste me permettait d'être présente à moi et aux autres à chaque instant, sans tomber dans l'automatisme avec des pensés qui vagabondent ailleurs. Ces instants où je suis en lien avec moi-même, avec mes sentiments, mes émotions et en lien avec la tribu qui me porte en toute sécurité, sans jugement, sans compétition, sans obligation de résultat: c'est précieux et ça fait du bien ».

Anne 10 mai 2015

2. « Je viens de lire quelques lignes dans un magazine féminin sur les bienfaits de la Danse d'Expression Primitive - l'essentiel de ce petit article est que la pratique apporte détente, joie, chasse les mauvaises tensions. Nous le vérifions chaque jeudi, grâce à l'énergie positive relayée par la tribu. Ce dimanche 26 avril 2015 avec Henri Samba, les photos de Darry et les vidéos parlent d'elles- mêmes. Il se dégage une grande énergie, par exemple, de cette photo où l'on voit Florence s'envoler... Des sourires, des regards qui ne trompent pas. Le plaisir d'être ensemble était bien présent, authentique et tout cela s'est vécu en toute simplicité.
Puissant également ce moment d'improvisation autour d'Henri, un échange fort.
Le texte d'Anne sur le blog est très intéressant. Je pense qu'elle a saisi l'essentiel.
Pour ma part, il m'a fallu plusieurs années pour le comprendre et ressentir ce qu'apportent cette intention et l'attention portée à soi et autres. Subtilement mais sûrement, la pratique de la danse primitive transforme notre être en profondeur. »

Isabelle 15 mai 2015

Et un message du maître, Henri Samba en personne: "Très belle expérience avec une implication et un lâcher-prise étonnants dans les bonds, BRAVO ! les villageois de Niort et bravo à Fatiha pour son couscous exceptionnel. Vive PRIM'A CORPS et BRAVO OLGA !!!!!!!!!!!"